Dr Florence Rigal, Médecins du Monde : « Le don ? Une manière de ne pas se résigner »

Trésorière du conseil d’administration de Médecins du Monde, le Dr Florence Rigal rappelle que l’ONG française a été fondée par des médecins et défend les valeurs profondes d’une médecine guidée par la dignité humaine. Que ce soit sur le terrain ou par le don, elle a permis depuis 40 ans à de nombreux médecins de s’engager. Interview.
 

Médecins du Monde fête ses 40 ans cette année. Quand l’association est née en 1980, quels étaient ses liens avec le monde médical français ?
 
Ceux qui ont créé Médecins du Monde sont des médecins français, les liens sont donc constitutifs et historiques ! Très longtemps, le conseil d’administration n’a compté presque que des médecins ayant en commun cette volonté de soigner mais aussi de témoigner des situations vécues sur le terrain. Pour que les choses bougent, il faut pouvoir témoigner auprès de l’opinion publique, mais aussi des institutions et de divers acteurs en France et dans le monde.
 
Les médecins sont (encore) très écoutés. Votre mission est donc aussi d’alerter ?
 
Tout à fait, c’est pourquoi nos volontaires présents au Rwanda avant que le génocide ne se produise en 1994 ont raconté la violence qui montait et relayé des témoignages de personnes prises dans le drame. Quelques années plus tôt, en ex-Yougoslavie, Médecins du Monde a également été un témoin important des violations de droits humains. Nous sommes médecins, nous parlons toujours de ce que nous voyons, des effets sur la santé des personnes ou de l’inexistence ou des dysfonctionnements des systèmes de santé. Nous pouvons dénoncer aussi parce nous agissons sur le terrain.
 
Et quel est le rôle du donateur dans ce combat ?
 
Toutes les actions dont je parle ne sont possibles que parce que des donateurs souhaitent que l’on agisse. Médecins du Monde est une organisation médicale qui s’est bâtie avec ses donateurs. Notre responsabilité sur le terrain est d’honorer les dons, dons qui nous permettent en même temps de maintenir un lien vivant avec la société. Dans les années 1990, ce que nous avons entrepris autour de la réduction du risque pour les usagers de drogue, en pleine épidémie de VIH/sida, a permis par la suite de convaincre des institutions, alors qu’elles refusaient jusque-là de financer ce type de programme. Mais pour faire bouger les lignes, il faut des sous ! Les dons permettent d’acquérir une indépendance financière et donc politique. Cette indépendance nous permet alors d’intervenir très vite face à une urgence ou de bâtir des programmes de long terme, comme nos programmes santé et environnement au Népal ou encore aux Philippines, parfois difficiles à faire financer. Nous les portons d’abord sur nos fonds propres avec l’idée qu’un jour, il y aura un relais. Les dons sont une force pour entreprendre.
 
Sur le terrain, quelle est la vision médicale défendue par Médecins du Monde ?
 
Nous n’arrivons pas dans un pays pour imposer notre manière de voir, une méthode ou des équipes, puis repartir subitement comme nous sommes arrivés. A l’international, nous faisons en sorte d’impliquer les acteurs locaux, en premier lieu desquels les médecins. Nous apportons un peu de formation, bien sûr, puis nous nous articulons avec le local : nous recrutons local et nous nous adaptons aux manières de travailler et au système de soins sur place. Le but n’est pas de transposer mais de s’adapter et d’impulser un changement. Ensuite, par la formation notamment, nous cherchons toujours à transmettre et pérenniser des savoir-faire, aussi bien dans l’acte que dans le protocole ou l’organisationnel. Nous avons même fait venir en France des médecins étrangers pour les former dans le cadre de l’opération chirurgicale Sourire dédiée aux enfants nés avec des fentes labio-palatines. Comme disait Francis Blanche, « il vaut mieux penser le changement que changer le pansement » ! Pour y parvenir, cultiver une vision solidaire de la médecine est indispensable.
 
Au fond, ce sont les valeurs profondes de la médecine ?
 
Oui, je crois. Choisir d’être médecin, c’est agir pour le bien des autres et pour leur dignité. Mais comme tout le monde ne peut pas s’engager sur le terrain, un bon moyen de le faire est de devenir donateur. Attention ! Il ne s’agit pas de se débarrasser du sujet, mais de participer à une action collective. Le don, c’est du concret et une manière de ne pas se résigner.
 
Envie de donner ?

Madagascar : ces chirurgiens français de Médecins du Monde qui opèrent des becs-de-lièvre

Depuis quinze ans, des équipes de chirurgiens français opèrent des becs-de-lièvre à Madagascar. Invisible désormais en Europe, cette maladie est encore très présente sur la Grande île en raison du coût souvent prohibitif de l’intervention.

A mesure qu’il s’éloigne de la route encombrée, le chemin se fait plus étroit : 1,50 mètre de terre humide, bordée de cases de béton nu prises en tenaille entre les rizières et la rivière Ikopa, qui traverse ­Antananarivo. Au loin s’étalent les collines de la capitale malgache. D’ici on distingue les couleurs chaudes des bâtiments, mais pas leur élégante architecture coloniale. Quand Esther a obtenu son bac – une première dans la famille –, c’est dans ce faubourg de « Tana », comme on surnomme la capitale de Madagascar, qu’elle a rejoint sa sœur. Pour s’inscrire à l’université, et « affronter la vie d’après ».

Le coût de l’opération est souvent prohibitif

« Après », pour Esther, ce sera après la maladie, après l’exclusion : un mot qui, dans la bouche de la jeune fille, résume vingt ans d’attente et de repli sur soi, faute de soins. Elle est née avec un bec-de-lièvre et connaît d’importants soucis d’élocution. Si cette malformation, qui se traduit par une jonction entre la bouche et le nez et par un trou dans le palais, est désormais presque invisible en Europe grâce à une prise en charge précoce des nourrissons, elle continue de marquer les visages dans les pays en développement car le coût d’une opération y est souvent prohibitif.

Assis dans la pièce unique de 8 mètres carrés où ils vivent à quatre, Esther et sa famille racontent la ­rudesse de l’existence. « C’est très dur de vivre dans un si petit espace, mais on s’en contente car on n’a pas l’argent pour plus », confie Jean-Lucien, le beau-frère. Comme 80% de la population malgache, ils subsistent avec moins de 1,80 euros par jour, sur son seul salaire de chauffeur. La santé est un luxe qu’ils ne peuvent pas se permettre.

Une faille que seule l’aide humanitaire est pour l’instant en ­mesure de combler à Madagascar. Ce dimanche de mars, Esther se rend au CHU de Tana – un lieu où de nombreux ­Malgaches n’osent même pas mettre les pieds. Elle est l’une des patients sélectionnés sur critères médicaux par l’ONG Médecins du monde (MDM) pour l’une de ses « Opération sourire » sur l’île Rouge. Une semaine marathon au cours de laquelle une équipe de chirurgiens, d’infirmières et d’anesthésistes français bénévoles opèrent une trentaine d’enfants et d’adolescents.

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Aide aux migrants : écœurées, les associations appellent à une mobilisation ce mardi

Les membres de collectifs citoyens et d’associations intervenant auprès des migrants suspendront leurs activités demain (hors distributions alimentaires) et se rassembleront à 17 h sur la place de la Rotonde, à Paris. Ils comptent ainsi « dénoncer l’action des pouvoirs publics » qui, de violences policières en démantèlements de campements, nuit à ces populations vulnérables.

Bénévole chez Médecins du Monde, le Dr Patrick Bouffard intervient plusieurs fois par semaine auprès des personnes exilées à Paris, dans un camion de consultations posté aux portes de la Chapelle et d’Aubervilliers. Il se dit aujourd’hui « usé » et vit avec l’« impression d’être dans une impasse » face à « l’absence de solutions pérennes ».

Une forte inquiétude sur la santé mentale Continuer la lecture

A Marseille, une “PASS de ville” pour les patients sans droits

Depuis novembre dernier, Médecins-du-Monde Marseille a mis en place une PASS de ville (Permanence d’accès aux soins de santé) permettant l’accès aux soins de ville pour les personnes qui n’ont pas de couverture médicale. 

Créer du lien, simple comme bonjour

Osez, Rejoignez, Lancez, trois verbes, trois actions pour commencer à créer du lien avec les personnes qui souffrent dans la rue et qui sont dans une grande solitude.

Aider une personne SDF, ce n’est pas simplement lui jeter la pièce, c’est en priorité lui redonner son humanité. Lui laisser une place dans la société. Et pour cela : tout le monde peut au quotidien, avec bienveillance être un acteur de la transformation du rapport à celui qui est exclu et devenir un élément du changement.

VOIR AUSSI : Alerte de Médecins du Monde #PasDeSanteSansToit

L’association Entourage agit pour offrir aux riverains les outils qui permettent d’entrer en relation avec les sans-abris. Une simple connexion avec les habitants, les personnes SDF et les associations d’un même quartier, pour leur permettre d’agir collectivement et rendre à leur quartier un visage plus humain et plus solidaire.

Des personnes ayant connu la rue, des experts de l’action sociale et des professionnels du numérique, ont mis en place ce système, à découvrir d’un simple clic, pour faire un grand geste. Un grand geste et un engagement en trois temps : « Osez aller à la rencontre des personnes sans-abri que vous croisez au quotidien, Rejoignez les actions solidaires créées autour de vous, Lancez vos propres initiatives chaleureuses. » Alors ! c’est parti : à vos smartphones.