Pour Médecins du Monde « tout est fait pour montrer aux migrants qu’ils ne sont pas les bienvenus » Crise des migrants

Le docteur Jean-François Corty, directeur des Opérations Internationales de Médecins du Monde, condamne la politique du gouvernement en matière d’accueil des migrants. Dans son livre, La France qui accueille*, qui sort le 18 janvier prochain, le Toulousain veut montrer que le pays reste solidaire et que des solutions pour l’accueil existent.

Emmanuel Macron se rend ce mardi à Calais pour y rencontrer notamment les associations d’aides aux migrants. En tant qu’association, quel est votre point de vue sur la politique menée par le gouvernement en matière d’immigration ?

C’est une politique très agressive qui est dans la continuité de celle menée par les gouvernements précédents, que ce soit de droite ou de gauche. Cette politique met en difficulté les migrants, les aidants, remet en question le principe de l’asile et utilise des méthodes qui ne respectent pas les droits fondamentaux.  Tout est fait pour créer des conditions de dissuasion, pour montrer aux migrants qu’ils ne sont pas les bienvenus. Sur les 100 000 demandes d’asile de 2017, seulement la moitié ont été reconnues comme valables. Actuellement, les autorités sont prêtes à utiliser la violence, à détruire les abris à Calais, à gazer les sacs de couchage, pour empêcher l’arrivée de nouveaux migrants.  Lire la suite

A Calais, des centaines de migrants piétinent toujours aux portes de l’Angleterre

Emmanuel Macron est attendu mardi à Calais, où, depuis plus de 20 ans, des migrants affluent dans l’espoir de se rendre en Grande-Bretagne, sans être dissuadés par les démantèlements successifs de leurs campements.

Ils seraient ainsi environ 600 aujourd’hui selon les associations, dont une centaine de mineurs et une majorité d’Afghans, d’Érythréens et d’Éthiopiens. La préfecture en dénombre, elle, 350. Ils étaient 7.400 lors du démantèlement de la « Jungle » en octobre 2016.

Pourquoi des migrants restent-ils à Calais ?

« Pour rejoindre l’Angleterre ! », répond en cœur un groupe de réfugiés stationné dans une zone industrielle de la ville. Parmi eux, un Ethiopien de 32 ans, à Calais depuis six semaines: « je suis monté cinq fois dans un camion, mais j’ai été débarqué, c’est tellement contrôlé, alors j’attends ». Les migrants sont « persuadés » que l’Angleterre « est un eldorado: pour la langue, ils y ont parfois des proches, ils pensent qu’ils pourront travailler plus facilement et, surtout, il y a une rumeur tenace: les accords de Dublin (prévoyant qu’un migrant doit demander l’asile dans le premier pays où il laisse ses empreintes) ne s’y appliqueraient pas », explique Loan Torondel de l’Auberge des Migrants. Il réclame « des voies de passages sûres et légales » entre les deux pays.

Par ailleurs, « historiquement, c’est à Calais que les gens passent, donc les passeurs poussent les réfugiés à venir ici », poursuit-il. Selon le parquet de Boulogne-sur-Mer, 14 filières de passeurs ont ainsi été démantelées en 2017. De source policière, 60.000 migrants ont été trouvés dans des camions en 2016, et 30.000 en 2017 aux ports de Loon-Plage et de Calais et au Tunnel sous la Manche.

Pour ralentir ces camions en partance pour l’Angleterre et tenter de monter à l’intérieur, les migrants installent encore certaines nuits des barrages sur la rocade portuaire, comme jeudi soir. Des opérations périlleuses: 14 sont morts dans le Calaisis en 2016, quatre en 2017 et déjà un en 2018, pour la plupart percutés par des véhicules.

Dans quelles conditions vivent-ils ?

Depuis le démantèlement de la +Jungle+, ils n’ont plus d’abri fixe. Les associations leur distribuent vêtements, tentes, duvets et nourriture quotidiennement, selon Vincent de Coninck du Secours Catholique. Des points d’eau, des toilettes et des douches ont été installés par la préfecture, mais « la gale est omniprésente à Calais », selon Brice Benazzouz de Médecins du Monde, qui pointe aussi « les maladies ORL, mal de dos, contusions liées aux tentatives de passage ». « Ce qui nous inquiète, c’est la santé mentale, il y a une détresse psychologique absolue sur le littoral », relève-t-il également. Lire la suite

Jean-François Corty, le médecin globe-trotteur et humaniste

http://www.ladepeche.fr/article/2016/12/23/2484123-jean-francois-corty-le-medecin-globe-trotteur-et-humaniste.html

Engagé très tôt dans l’action humanitaire, Jean-François Corty est aujourd’hui directeur des opérations internationales de Médecins du Monde. Un Toulousain qui a réalisé son rêve.

Dès l’année du bac, Jean-François savait qu’il voulait faire de la médecine pour s’engager dans l’humanitaire. Une enfance partagée entre le Maroc et la Haute-Garonne, auprès d’un père dentiste et d’une mère prof de biologie, a suffi pour sensibiliser l’enfant du Comminges au sort des plus démunis. «Je voyais dans la médecine la possibilité de faire des choses concrètes, pour ensuite pouvoir en parler et faire changer les choses», explique-t-il. Étudiant en médecine à Toulouse, Jean-François fait son stage à l’antenne locale de Médecins du Monde, tout en faisant du bénévolat à Médecins sans Frontières. Une année d’études en sciences politiques parachève sa formation, faisant de lui un médecin militant. Pendant les années 2000, Jean-François sillonne les théâtres de guerre et de catastrophes naturelles pour Médecins sans Frontières, du Libéria à l’Afghanistan, en passant par l’Iran, le Niger ou l’Erythrée, en tant que médecin ou chef de mission. Focalisé sur son objectif, Jean-François demeure pudique quant à son vécu en terres parfois très hostiles. «Chaque terrain est différent. Il peut y avoir beaucoup de stress et de violence. On doit faire confiance à notre équipe», avoue-t-il. En 2009, le médecin rejoint Médecins du Monde en tant que directeur des opérations France. «Le fait d’avoir grandi dans un milieu rural m’a sensibilisé à la question de la précarité», note-t-il. La solidarité et l’égalité de l’accès aux soins sont les valeurs portées par Jean-François avec le développement de programmes dans des zones oubliées des politiques publiques. «Médecins du Monde est une organisation militante. On agit sur le terrain, puis on témoigne de ce que l’on voit sur la base des opérations pour faire changer les choses», précise Jean-François. «Travailler au sein d’une organisation indépendante des partis politiques et de l’agenda partisan est très important pour moi. Lire la suite

« Dé-camper », un livre-CD pour mieux penser la migration, l’exil, l’accueil

Une centaine de contributeurs, artistes, chercheurs, bénévoles, exilés, ont mis la patte à « Dé-camper », livre-CD qui invite à repenser la question des camps de réfugiés. Derrière ce projet : la Maison de l’environnement de Dunkerque.

Le chanteur Dominique A, le réalisateur Robert Guédiguian, le dessinateur Plantu… L’ouvrage collectif Dé-camper de Lampedusa à Calais s’est offert de prestigieuses signatures. Il fallait bien ça pour mettre en lumière un sujet hautement politique, et difficile à cerner : celui des migrations.

La Maison de l’environnement de Dunkerque, qui ne voulait pas rester insensible à cette problématique si cruciale pour le territoire, a coordonné le projet. Et a entraîné dans son sillage la fondation Agnès B. et Médecins du monde, qui ont cofinancé l’ouvrage, publié aux éditions La Découverte sous la forme d’un livre-CD.

«  Les camps questionnent notre rapport au territoire, à la forme que prend la ville, à la place de ses habitants, à la précarité, expose Delphine Le Vergos, chargée de communication à la Maison de l’environnement. La migration est un problème de société qu’on doit intégrer, en termes d’accueil et de partage des territoires. Ce n’est pas une question qu’on peut «régler» . » Lire la suite

Migrants : un accès aux soins « alarmant » en Europe

 

JEAN-BAPTISTE FRANÇOIS, La Croix  le 15/11/2016 à 12h25
Mis à jour le 15/11/2016 à 15h17
  • Médecins du monde et ses ONG partenaires ont analysé la situation sanitaire de plus de 30 000 patients reçus en consultation dans 12 pays en 2015. Les deux tiers d’entre eux n’ont pas accès à une couverture santé.

En 2015, le cap du million d’exilés échoués en Europe par la Méditerranée a été franchi. Aujourd’hui, ils n’ont plus à craindre la guerre et les persécutions, mais ils sont toujours exposés aux maladies, à en croire le dernier rapport du réseau international de Médecins du monde. Lire la suite

Les mineurs isolés rencontrés par Médecins du monde cinq fois plus nombreux depuis 2010

Auteur  : Emmanuelle Chaudieu

« Rendu public jeudi 13 octobre, quelques jours avant la Journée mondiale du refus de la misère du 17 octobre, le 16e rapport annuel de Médecins du monde sur l’accès aux droits et aux soins des plus démunis en France témoigne à nouveau « des difficultés persistantes » rencontrées par les personnes en situation de grande précarité pour accéder à leurs droits et se faire soigner.

L’année 2015 « a été marquée en particulier par une crise migratoire sans précédent illustrant des conditions d’accueil inadaptées » et a connu « une multiplication des démantèlements de campements et autres bidonvilles, le plus souvent sans solution de relogement », rappelle l’association, dont le rapport est étayé par les données d’activités des 67 programmes qu’elle mène dans 34 villes françaises, en particulier dans ses 20 centres d’accueil de soins et d’orientation (CASO). En 2015, ces structures ont reçu 30 571 personnes, sachant que pour les trois quart d’entre elles, il s’agissait du premier contact avec l’association. La plupart (81,2 %) s’adressent au CASO pour un problème de santé, les autres « expriment une demande d’accompagnement social ou juridique ».

Des conditions de vie « très dégradées »

Le rapport dresse le profil sociodémographique et un état des conditions de vie des personnes accueillies : il s’agit majoritairement d’hommes (62 %), dont la moyenne d’âge est de 33 ans. Plus de 95 % de la file active est de nationalité étrangère (majoritairement d’Afrique subsaharienne, du Maghreb et de l’Union européenne), moins d’une personne sur 10 dispose d’un logement personnel, près de six sur 10 sont hébergées par de la famille, des amis ou une association, 9 % occupent un logement précaire et 20 % sont sans domicile fixe. Enfin, 97 % vivent sous le seuil de pauvreté. A noter que parmi les patients accueillis en 2015, 12,7 % étaient des mineurs, dont près de la moitié âgés de moins de 7 ans. Les conditions de logement de ce public « sont très dégradées » (20 % vivent dans un squat ou un campement et 21 % sont sans domicile fixe), souligne MDM et « 16 % de ces jeunes sont seuls sur le territoire français », sachant qu’en « cinq ans, le nombre de mineurs isolés rencontrés, vivant le plus souvent à la rue, a été multiplié par cinq ». Lire la suite