Abécédaire de la solidarité de Médecins du Monde.

Expo Abécédaire de la solidarité de Médecins du Monde

A l’occasion des élections municipales, Médecins du Monde lance une exposition itinérante pour informer les citoyens sur les responsabilités de leurs élus dans la lutte contre les inégalités sociales et territoriales de santé.

 Inaugurée le 11 mars à Paris, l’exposition «L’Abécédaire de la solidarité» de Médecins du mondesera présentée jusqu’au 29 mars dans 8 villes de France (Paris, Rouen, Strasbourg, Lyon, Montpellier, Toulouse, Aix et Bègles).

A travers cette exposition (et à travers l’enquête menée dans 14 communes dont nous nous étions fait l’écho), Médecins du Monde souhaite, à la veille des élections municipales, rappeler aux élus leurs responsabilités en termes d’accès aux soins et aux droits des plus démunis. Au-delà de l’enjeu de santé publique, c’est pour l’ONG une manière d’affirmer des valeurs de solidarité. A partir de photos du grand reporter Jérôme Sessini et de dessins de l’illustrateur Joël Guenoun, Médecins du Monde donne à voir et penser des réalités souvent inquiétantes et qui relèvent pourtant de la responsabilité des communes et d’une vision solidaire du « vivre ensemble ».

 

Médecins du Monde : cri d’alarme pour la santé publique en Europe

Médecins du Monde (MDM) a appelé vendredi l’UE à « préserver les systèmes de santé publique » des pays membres, relevant « le détricotage » des services de santé, notamment en Grèce et en Espagne après une sévère cure d’austérité.

« Les gouvernements nationaux et les institutions de l’UE sont appelés à assurer des services de santé publique basés sur la solidarité, l’égalité et l’équité afin que tous ceux qui habitent en Europe puissent y avoir accès », a indiqué l’ONG dans un communiqué publié à l’issue d’une conférence de presse à Athènes.

Les présidents allemand, espagnol, français et grec des sections de MDM de ces pays respectifs ont participé à cette conférence conjointe, dénonçant la réduction des budgets pour la santé en Europe en raison de la crise.

Ils ont surtout souligné le danger qu’encourent « les enfants, les femmes enceintes et les sans papiers » privés du droit d’accès au système public.

« En Grèce, la situation est extrême, on assiste à la décomposition du système de santé, qui n’existe plus pour ceux qui ont perdu leur emploi ou pour les sans papiers », a déploré le docteur Liana Maïli, présidente de MDM-Grèce.

Le nombre des non-assurés en Grèce, après six années de récession et des licenciements massifs qui ont fait exploser le taux de chômage à 28%, est estimé à trois millions, plus d’un quart de la population, selon MDM et le réseau grec de santé publique EOPYY.

En 2013, MDM-Grèce a effectué 9.000 vaccinations et soigné 445 femmes enceintes, a rappelé Mme Maïli.

« La dégradation du système de santé en Espagne est similaire à celle en Grèce », a souligné le docteur Alvaro Gonzalez, président de MDM-Espagne, en soulignant qu’une réforme récente a exclu les migrants et les bas revenus du système de santé.

« Nous devons construire une protection sociale et des systèmes de santé réellement universels, lutter contre les inégalités et malheureusement le système espagnol de santé ne constitue plus une référence car il a été complètement détricoté », a noté de son côté le docteur Thierry Brigaud, président de MDM-France.

Tout en se félicitant « de quelques batailles gagnées en France sur la couverture maladie universelle pour les plus pauvres », M. Brigaud a souligné que le système reste « compliqué » encore surtout les migrants et nécessite des améliorations.

« La santé n’est pas une marchandise (…) le prochain parlement européen (issu des élections en mai) doit prôner le droit à la santé pour tous », a-t-il lancé.

En Allemagne le nombre des enfants non vaccinés augmente, « une situation inacceptable (…) nous nous battons pour aider les familles concernées », a révélé le docteur Jochen Zenker, président des MDM-Allemagne.

La prostitution continuera dans des lieux moins accessibles

Initiateur de la mission « prostitution » au sein de l’association Médecin du monde à Poitiers, en 2004, Gérard Voyer connaît parfaitement ce monde de la nuit. Il est également membre du collectif l’Abri (Médecins du monde, CIDFF et le CCAS) et il est aussi à l’origine d’un système de maraude, tous les jeudis soir, pour aborder « plus humainement » les prostituées qui, depuis 10 ans, ont investi les trottoirs d’un seul axe à Poitiers ; de l’avenue de Paris jusqu’à la Pointe à Miteau. Quelques-unes se sont également installées au centre routier, zone de la République.
Selon lui, en 10 ans, la prostitution à Poitiers a beaucoup changé. « De quelques femmes aux abords de la gare, nous avons vu arriver des Camerounaises puis des jeunes femmes d’Afrique noire anglophone : Nigeria, Sierra Leone, Ghana notamment. Des réseaux commencent en Afrique avec des relais dans d’autres pays. Elles semblent d’ailleurs terrorisées par un «  contrat de sang  » passé avec des «  mamas  » et sont liées par une dette à honorer, pouvant aller jusqu’à 50.000 €. Cette organisation orchestrée par des femmes est redoutable. »
Pour ces bénévoles, l’important est « de faire de la prévention, de rendre de la dignité à ces femmes, de procurer de la chaleur humaine et surtout d’orienter suivant leurs besoins jusqu’à les aider à changer de vie ». Dans la perspective de l’application de la nouvelle loi, Gérard Voyer est inquiet. « Celles que nous suivons ne seront plus sur le boulevard. La prostitution va continuer dans des lieux moins accessibles pour nous. Dans la loi, le volet positif est l’aide qui pourra leur être apportée si elles veulent s’en sortir. »

Médecins du Monde en action

Du centre hospitalier universitaire de Reims aux Philippines. Le docteur Patrick David, anesthésiste, sait ce qu’urgence et catastrophe veulent dire. Membre du conseil d’administration de Médecins du Monde, il ne partira « pas tout de suite » à Manille mais suit avec attention la situation.

L’association humanitaire est présente de longue date dans la capitale, via un programme Santé et environnement, pour suivre les habitants recyclant des déchets. « Une douzaine de personnes est en permanence à Manille, ce qui facilite nos interventions, toujours effectuées en lien avec des médecins locaux », détaille le praticien rémois.

Un logisticien expérimenté devrait avoir rejoint la zone de Tacloban aujourd’hui, là où le typhon a tout dévasté. Son rôle : évaluer les besoins et trouver « ce qui aura une vraie utilité ».

Les premiers besoins, dictés aussi des leçons du tsunami de 2004, iront plutôt à des cliniques mobiles.

« Notre but est d’aller au plus près des gens, alors que tout le réseau de soins est déstructuré », analyse encore M. David.

« Ne pas verser

dans la démesure »

Les premières réponses peuvent relever de la chirurgie, puis de la lutte contre les épidémies. Avant de réfléchir à la pérennité des actions.

Médecins du Monde finance sur ses fonds propres (25 000 €) cette nouvelle mission. Les humanitaires entendent « monter en puissance » et constituer des équipes progressivement. Avec pour objectif de « ne pas verser dans la démesure », comme il y a sept ans, quand les dons avaient afflué. Patrick David estime cependant à 50 000 ou 100 000 le nombre des blessés.

Un appel à la générosité est lancé sur le site www.medecinsdumonde.org.

Philippines : « soigner les corps et les esprits »

DÉCRYPTAGE – Deux spécialistes de la médecine humanitaire expliquent les risques sanitaires qui découlent du typhon.

L’INFO. Après le cataclysme, l’aide d’urgence s’organise. Le typhon Haiyan a ravagé le centre des Philippines, où l’état de catastrophe nationale a été déclaré. Les organisations humanitaires s’activent depuis vendredi pour tenter de porter secours aux très nombreuses victimes, dont le nombre n’est pas encore connu avec précision. Après une catastrophe d’une telle ampleur, les risques sanitaires sont évidemment importants. Mais ils ne sont pas forcément ceux auxquels on pourrait penser à première vue. Le point sur la question avec l’expertise de Hugo Tiffou, responsable du pôle Asie chez Médecins du Monde, et avec le Dr Claire Rieux, vice-présidente de Médecins sans frontières.

« L’épidémie n’est pas le premier risque »… « Honnêtement après un typhon, contrairement à ce à quoi on pourrait s’attendre, l’épidémie n’est pas le premier risque », précise Hugo Tiffou à Europe1.fr. Il faut d’abord soigner les blessés. « Il y a des personnes qui ont perdu leur toit au début du passage du typhon et pendant une demi-heure, une heure, elles ont été exposées à des vents de 300 km/h », souligne-t-il. Et puis, il y a aussi « tous les besoins de santé d’une population qui, tout d’un coup, se retrouve sans infrastructures médicales », explique aussi le Dr Claire Rieux, citant « accouchements compliqués », « appendicites » ou encore maladies nécessitant des traitements au long cours, comme le diabète.

Typhon aux Philippines : 10.000 morts à Tacloban

… chaque pathologie devient une urgence vitale. Une fois les blessés soignés, « on va passer à des maladies finalement assez classiques » : affections ORL ou dermatologiques. « Quelqu’un qui vit au froid, avec des problèmes de dénutrition et d’accès à l’eau, sans abri, va être plus fragile à un rhume, une pneumonie », énumère Hugo Tiffou. On peut aussi retrouver « les mêmes épidémies que l’on trouve dans ces régions », comme la dengue, cette maladie transmise par les moustiques et qui donne des fièvres, voire des hémorragies. En revanche, le paludisme, également transmis par les moustiques, est « moins virulent » aux Philippines. Les médecins devront en outre être attentifs au développement du tétanos, contre lequel les enfants des îles Visayas, assez pauvres, sont peu vaccinés, note Médecins du Monde.

Deux jours après le passage du typhon, les Philippins comptent leurs morts.

© REUTERS

Le problème de l’eau. Autre sujet primordial d’inquiétude : l’eau. Car l’eau est « toujours le lit de certains microbes, en particulier tout ce qui est diarrhées », rappelle le Dr Claire Rieux, ajoutant : « s’il y a une stagnation d’eaux usées, surtout s’il n’y a a pas d’eau potable rapidement et que par malheur cette eau potable a été contaminée par un agent pathogène, c’est clair qu’on peut avoir un risque d’épidémie ». Aux Philippines, une autre maladie, la leptospirose, transmise par l’urine de rat, est courante après les inondations. Or, si l’eau n’est pas saine, les rats risquent de prospérer et donc de transmettre cette pathologie qui « peut donner des fièvres au long court et des défaillances viscérales ».

> TÉMOIGNAGE : « Des corps tout le long des chemins »

Les troubles psychologiques. Après une catastrophe comme celle des Philippines, il ne faut pas soigner seulement les corps, mais aussi les esprits. « Il y a ceux qui auront pu enterrer leurs proches et ceux qui auront des disparus non retrouvés, et tous ceux qui, à la suite de ces événements violents, auront des manifestations d’ordre psychologique », insiste-t-on chez Médecins du Monde. Chez ces gens qui auront « perdu des êtres chers, leur maison, leur travail », assure aussi le Dr Claire Rieux, il y a aussi une vraie urgence et « un besoin de prendre en charge les troubles de santé mentale ».

Médecins du monde s’implante dans la campagne auvergnate

 

L’organisation humanitaire a ouvert sa première mission en milieu rural en France, dans les Combrailles, en Auvergne.

Valérie Pillet, assistante sociale de la mission de Médecins du monde à Saint-éloy-les-Mines.

 (Bruno AMSELLEM / SIGNATURES)

Valérie Pillet, assistante sociale de la mission de Médecins du monde à Saint-éloy-les-Mines.

L’objectif n’est pas de soigner, mais d’accompagner des personnes en difficulté vers le système de santé de droit commun.

Avec cet article

Le contour de la vitrine est resté bleu, héritage de l’époque où les locaux étaient occupés par un laboratoire d’analyses médicales. Depuis le début de l’année 2013, ces murs abritent la première mission de Médecins du monde ouverte en milieu rural en France.

Basée à Saint-Éloy-les-Mines, un bourg situé à une heure de route de Clermont-Ferrand, l’antenne couvre une partie des Combrailles, peuplée d’environ 20 000 habitants, dans le nord du Puy-de-Dôme. Au rez-de-chaussée, un petit salon et un cabinet médical équipé à minima. À l’étage, deux bureaux, une salle de réunion et une pharmacie de base.

Ni réfugiés ni SDF, mais des personnes isolées et abandonnées

Installée derrière un comptoir, Michelle Magnier est chargée de l’accueil. Avant de prendre son poste, en septembre, cette bénévole se demandait ce que pouvait bien venir faire l’organisation humanitaire dans ce coin du Massif central. « Comme la plupart des Éloysiens, je pensais que c’était pour s’occuper des réfugiés », dit-elle.

La commune abrite en effet un centre d’accueil de demandeurs d’asile, inauguré en janvier 2012. Maintenant, l’Auvergnate sait que cela « n’a rien à voir ». « Nous avons aussi chez nous beaucoup de gens en situation de précarité », constate-t-elle. Et certains d’entre eux peuvent renoncer à se soigner.

« On voit bien dans notre travail qu’il existe dans ces zones une population difficile d’accès, pour qui la santé n’est pas une priorité, note Olivier Lesens, médecin au CHU de Clermont-Ferrand. Cela génère des retards de diagnostic et de prise en charge. Ce ne sont pas des SDF, mais ces personnes se sentent à la fois isolées et abandonnées. En plus, elles ont du mal à aller chercher de l’aide. » Animateur d’une formation « précarité-santé » pour sensibiliser les généralistes à la question, il a poursuivi sa réflexion en proposant à Médecins du monde de lancer cette mission dans sa région, plus précisément dans les Combrailles.

Un phénomène de renoncement aux soins

Mixte par sa population – des néoruraux y sont implantés – et son économie – l’agriculture y côtoie l’industrie –, le secteur n’est pas un désert médical. « Les renoncements aux soins sont liés à des facteurs très divers, poursuit Pascal Dessenne, psychologue clinicien et co-créateur du projet. Cela peut être lié aux fins de mois difficiles et à l’isolement géographique, mais cela peut être aussi de l’auto-exclusion. On a des droits sociaux, mais on laisse tomber parce que c’est trop complexe. En plus, en campagne, le phénomène est moins “lisible”. Les médecins ont aussi du mal à gérer la suite des consultations. Ils font des prescriptions pour un examen, sans avoir forcément à l’esprit que leurs patients n’ont pas toujours les moyens de se déplacer à Clermont. »

L’initiative a été fraîchement accueillie par certains élus et professionnels de la santé du cru, étonnés de voir débarquer sur leurs terres une ONG plus réputée pour sa présence à l’étranger ou son aide aux sans-abri. « Nous n’avons pas vocation à faire des soins, sauf exception, insiste Hala El Khoury, la coordinatrice de la mission auvergnate. Nos trois médecins bénévoles font d’abord des diagnostics et ne prennent pas le travail de leurs collègues. Nous accompagnons des personnes en difficulté pour les faire revenir dans le droit commun. »

Un dispositif expérimental et à durée limitée

Soutenue financièrement par l’agence régionale de santé, la structure se veut être un « appui supplémentaire » à ce qui existe déjà. « On ne cherche pas à se substituer aux acteurs locaux », souligne Olivier Lesens. Le dispositif s’appelle d’ailleurs Rescorda, pour réseau de santé et coordination d’appui. Il se veut expérimental et à durée limitée, l’objectif étant de le transmettre à un autre intervenant dans trois ou quatre ans. L’expérience est en cours d’extension dans les Combrailles, vers des parties où des agriculteurs sont susceptibles d’en bénéficier. Elle pourrait aussi être reproduite dans autres régions.

Après une longue période préparatoire, le démarrage a été lent. À ce jour, seuls vingt dossiers sont ouverts. Beaucoup concernent des néoruraux attirés par les mirages de la vie au grand air. « Il s’agit souvent de femmes isolées », précise Valérie Pillet, l’assistante sociale. Elle suit ainsi une jeune femme de 19 ans, sans emploi et isolée après avoir a rompu les ponts avec sa famille. Après un premier contact lié au traitement d’un problème hormonal, d’autres maux sont remontés à la surface : mauvaise vue, surpoids… « On a pris rendez-vous avec une diététicienne qui vient une fois par mois à Saint-Éloy, raconte Valérie Pillet. C’est gratuit, et cette jeune femme ne le savait pas. Tout cela est un travail de longue haleine. »

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Un taux de pauvreté supérieur à celui des villes

Selon un rapport du Conseil général de l’agriculture, de l’alimentation et des espaces ruraux (CGAAER) et de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) publié en 2010, le « taux de pauvreté monétaire moyen » dans l’espace rural était 2006 de 13,7 %, contre 11,3 % dans l’espace urbain. En outre, dans plus d’un tiers des départements de France métropolitaine, le taux de pauvreté dans la population rurale dépassait 19 %.

Sans les quantifier, le rapport distingue deux catégories de précaires. La première regroupe les agriculteurs dont l’exploitation dégage peu de revenus, les personnes victimes de la désindustrialisation, les personnes âgées à faible revenu isolées, les jeunes sans qualification et parfois en rupture familiale ; la seconde regroupe les néoruraux confrontés à des difficultés à la fois financières et liées à l’isolement, les familles urbaines en situation de pauvreté s’installant en milieu rural et les personnes en « errance ».

PASCAL CHARRIER (dans le Puy-de-Dôme)