Refus de soigner les pauvres: l’Ordre des médecins porte plainte

Le conseil de l’ordre condamne les médecins qui refusent de soigner des patients attributaires de la CMU-C et de l’AME.

« Inacceptable »

Refuser de soigner les plus pauvres est « déontologiquement et moralement inacceptable », rappelle l’Ordre qui va porter plainte contre les médecins ayant ce genre de pratiques.

Début janvier,  Médecins du Monde, la Fédération des acteurs de la solidarité (Fnars) et le Collectif interassociatif sur la santé (CISS) ont saisi le Défenseur des droits des cas de douze médecins ou dentistes qui avaient fait figurer « pas de CMU » ou « pas d’AME » sur leur page Doctolib.fr ou Monrdv.com, des sites de prise de rendez-vous. Lire la suite

Drogues : démarrage réussi des salles d’injection en France

Le premier comité de pilotage des salles de consommation à moindre risque a eu lieu ce jeudi, à Strasbourg. Le bilan est positif.

C’est à Strasbourg que la Mildeca (Mission Interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives) a choisi de faire le premier « comité  de pilotage » sur les salles de consommation de drogues à moindre risque (SCMR). Sa présidente, Danièle Jourdain-Menninger, tenait à ce déplacement à portée hautement symbolique. « Pour montrer à quel point nous nous inscrivons dans un dispositif national », explique-t-elle. Peut-être aussi parce qu’à Strasbourg, ces fameuses « salles de shoot » revêtent une dimension nettement moins idéologique et politique (voir encadré) que dans la capitale.

Il faut d’ailleurs cesser de les appeler ainsi : le vocable appartient à celui des opposants à ce dispositif de réduction des risques (RDR), dont les représentants ont dressé un bilan profondément positif ce jeudi. Deux salles ont ouvert leurs portes depuis l’inscription de l’article 41 de la loi santé ouvrant la voie à l’expérimentation nationale. La première, à Paris, fait largement ses preuves ; la seconde, strasbourgeoise, suit les pas de sa cousine.

Les riverains en redemandent

Des premiers pas difficiles, il faut le rappeler, dans une France marquée par un certain retard vis à vis de ses voisins. L’Allemagne s’est dotée de tels dispositifs il y a 20 ans et la Suisse, il y a trois décennies. Mais après la grogne qu’ont inspirée les SCMR dans l’Hexagone, l’heure semble désormais à une demande accrue. « Les riverains qui s’opposaient au projet veulent maintenant que la salle ouvre plus longtemps, sourit la présidente de la Mildeca. Ils ont perçu les bénéfices : moins de scènes ouvertes [lieux de 

consommation de drogues sur la voie publique, ndlr], moins de seringues qui traînent, plus de tranquillité ».

Des propos confirmés par les représentants de la justice et de la police, présents lors du comité national. Contrairement aux peurs évoquées, le trafic de drogues ne s’est pas intensifié aux abords des salles, où la présence policière a légèrement augmenté. Ces lieux semblent avoir apporté une certaine sérénité là où les relations entre usagers et habitants menaçaient de s’empoisonner.

Strasbourg, Paris : des usages variés

Voilà pour les riverains inquiets. Pour les usagers de drogues, à qui ces salles s’adressent en premier lieu, les bénéfices, présentés par les équipes municipales de Strasbourg et de Paris, les associations des deux villes (Ithaque et Gaïa) et la Mildeca, qui ont porté le projet, sont déjà perceptibles.

Dans les deux communes, les salles ont permis d’atteindre les usagers les plus précaires et isolés, expliquent ces acteurs. La prévalence de l’hépatite C y est élevée, la vaccination contre l’hépatite B, limitée. A Strasbourg, la moitié des usagers consommaient dans les espaces publics, 30 % dans des lieux isolés, avec des pratiques à risque (échange de seringues, conditions hygiéniques délétères) ; ils disposent désormais un lieu propre et encadré, où ils peuvent se dépister et avoir accès à des soins dont ils restaient à l’écart.

A Paris, la « montée en charge » est importante – plus, peut-être, que prévu, mais les

acteurs parisiens disent pouvoir y faire face. Depuis l’ouverture il y a quatre mois, ils dénombrent 16 000 passages, soit 175 par jour, pour quelque 500 consommateurs. La file active est plus importante qu’à Strasbourg, où l’on ne compte encore que 519 passages, soit 20 à 25 quotidiens, un nombre qui a vocation à croître.

De Strasbourg à Paris, les usages varient, d’ailleurs. La salle de la capitale européenne accueille une majorité d’injecteurs (95 % des consommateurs), qui consomment par ce biais de la cocaïne en premier lieu, puis des opiacés. A Paris, les usagers consomment plutôt du crack et des opiacés (notamment du sulfate de morphine), injecté ou inhalé. La cocaïne représente moins d’1 % des consommations et l’héroïne, un peu plus d’1 %. Par ailleurs, les femmes constituent 35 % des passages à Strasbourg, contre 13 % à Paris. Les chiffres corroborent les données établies dans les deux villes par les CAARUD* et les CSAPA*.

Inspirer d’autres villes

« Le cahier des charges est commun, mais les expériences sont toutes les deux très spécifiques, explique Alexandre Feltz, médecin addictologue et adjoint au maire de Strasbourg. Demain, d’autres villes vont s’engager et il est important qu’il y ait des modèles différents ». Ces communes pourront ainsi s’en inspirer pour les adapter aux réalités locales. Car, de fait, si l’expérimentation nationale s’étale sur six ans, il est fort probable que d’autres villes se porteront candidates d’ici là.

L’Europe veut dresser un « mur » en Libye

Comment bloquer le flux de migrants rejoignant l’Europe ? En les arrêtant avant qu’ils n’entrent dans l’Union. Cette solution appliquée avec succès en Turquie pour les migrants venant du Moyen Orient, l’Europe a décidé hier de la mettre en œuvre en Libye, pour les migrants africains.

Malgré le chaos dans lequel est plongé le pays depuis la chute de Kadhafi ? Oui, a répondu la chancelière allemande Angela Merkel : « Nous savons que la situation des réfugiés est dramatique en Libye. C’est pour cela que nous devons procéder dans le même contexte qu’en Turquie : empêcher l’illégalité, mettre fin au jeu des passeurs et des trafiquants et améliorer la situation des réfugiés ».

Former les garde-côtes locaux

L’année dernière, plus de 180 000 migrants ont traversé la Méditerranée vers l’Italie, soit 20 % de plus que l’année précédente. Ils venaient le plus souvent du Nigeria, de l’Érythrée et de la Guinée, et 90 % d’entre eux avaient transité par la Libye. La crainte est que le printemps amène une forte augmentation des tentatives de passage.

Que va faire l’Europe ? Dans une « Déclaration de Malte » bouclée après des discussions « plus rapides que prévu », témoigne un participant, elle énumère dix priorités : former et équiper des gardes-côtes libyens, qui interviennent contre les passeurs dans les eaux territoriales où ne peuvent venir les bateaux européens ; « démanteler le modèle économique des passeurs » ; créer des « structures d’accueil » en Libye avec le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR) et l’Organisation internationale des migrations (OIM)…

Avec les tribus du sud

L’Union européenne va même enrôler dans son combat les tribus du sud de la Libye : elles « ont jusqu’à présent collaboré avec les trafiquants et gagné entre cinq et six millions d’euros par semaine grâce à cela », a expliqué le Premier ministre maltais Joseph Muscat, sans dire comment les Européens compenseront le manque à gagner.

Les organisations humanitaires, pointant les violences faites aux migrants en Libye, ont vivement protesté. « L’Union Européenne organise le refoulement vers leurs persécuteurs de personnes déjà éprouvées lors de leur premier passage », s’est alarmée Françoise Sivignon, présidente de Médecins du Monde. Lire la suite

Migrants: Ivry va accueillir des femmes dans son nouveau centre

Quelques bâtiments en bois abritent des chambres avec lits et armoires flambants neufs: à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), le centre d’accueil pour femmes et familles migrantes inauguré lundi s’apprête à recevoir ses premiers hôtes, dans le sillage du centre pour hommes déjà ouvert à Paris.

Ce centre, réservé aux femmes seules ou avec enfants, enceintes, et aux couples avec ou sans enfants, ouvrira ses portes jeudi.

Il accueillera d’abord un groupe de 90 migrants, selon l’association gestionnaire Emmaüs Solidarités, avant d’atteindre progressivement sa pleine capacité à la mi-mars: 400 personnes. Environ 350 seront réorientées depuis le centre de « pré-accueil » qui fonctionne déjà dans le nord de Paris, et 50 places seront attribuées à des familles roms qui vivent dans la rue à Ivry-sur-Seine.

Ces femmes, couples et leurs enfants resteront entre trois et cinq mois dans cette structure. Le temps de formuler une demande d’asile et d’être transférés vers des Centres d’accueil de demandeurs d’asile (Cada) pour attendre la fin de leurs démarches.

« Ici, on offre un accueil digne », pour « des publics fragiles », s’est félicitée la maire de Paris Anne Hidalgo devant la presse, après un tour du site en compagnie des ministres de l’Intérieur et du Logement, Bruno Le Roux et Emmanuelle Cosse.

« Ce centre, nous en avons besoin (…), particulièrement aujourd’hui où nous entamons une vague de grand froid qui appelle à une mobilisation extrêmement forte des services de l’Etat », a souligné Mme Cosse.

« Toute personne sur notre territoire a le droit à la solidarité et à la mise à l’abri, quel que soit son statut, quelle que soit son histoire », a-t-elle ajouté.

- ‘Villages à taille humaine’ -

Sur place, les premiers bâtiments prennent forme au dessus des anciens bassins filtrants. Le centre doit à terme occuper 4.800 m2 et s’articuler en six « quartiers » conçus comme autant de « villages à taille humaine », explique le directeur général d’Emmaüs Solidarité, Bruno Morel. L’association a recruté 80 salariés pour assurer son fonctionnement, aussi assuré par des bénévoles.

« La force de ce projet, c’est d’avoir des logements modulables », détaille son adjointe Aurélie El Hassak-Marzorati. Les chambres, entre 12 et 40 m2, seront adaptées en fonction de chaque famille.

Chaque quartier regroupera environ 70 résidents autour d’une « yourte ». Une structure inspirée de l’habitat mongol, où les migrants pourront se restaurer et participer aux activités collectives – ateliers sur la parentalité, formation au droit des étrangers. Lire la suite

Jean-François Corty, le médecin globe-trotteur et humaniste

http://www.ladepeche.fr/article/2016/12/23/2484123-jean-francois-corty-le-medecin-globe-trotteur-et-humaniste.html

Engagé très tôt dans l’action humanitaire, Jean-François Corty est aujourd’hui directeur des opérations internationales de Médecins du Monde. Un Toulousain qui a réalisé son rêve.

Dès l’année du bac, Jean-François savait qu’il voulait faire de la médecine pour s’engager dans l’humanitaire. Une enfance partagée entre le Maroc et la Haute-Garonne, auprès d’un père dentiste et d’une mère prof de biologie, a suffi pour sensibiliser l’enfant du Comminges au sort des plus démunis. «Je voyais dans la médecine la possibilité de faire des choses concrètes, pour ensuite pouvoir en parler et faire changer les choses», explique-t-il. Étudiant en médecine à Toulouse, Jean-François fait son stage à l’antenne locale de Médecins du Monde, tout en faisant du bénévolat à Médecins sans Frontières. Une année d’études en sciences politiques parachève sa formation, faisant de lui un médecin militant. Pendant les années 2000, Jean-François sillonne les théâtres de guerre et de catastrophes naturelles pour Médecins sans Frontières, du Libéria à l’Afghanistan, en passant par l’Iran, le Niger ou l’Erythrée, en tant que médecin ou chef de mission. Focalisé sur son objectif, Jean-François demeure pudique quant à son vécu en terres parfois très hostiles. «Chaque terrain est différent. Il peut y avoir beaucoup de stress et de violence. On doit faire confiance à notre équipe», avoue-t-il. En 2009, le médecin rejoint Médecins du Monde en tant que directeur des opérations France. «Le fait d’avoir grandi dans un milieu rural m’a sensibilisé à la question de la précarité», note-t-il. La solidarité et l’égalité de l’accès aux soins sont les valeurs portées par Jean-François avec le développement de programmes dans des zones oubliées des politiques publiques. «Médecins du Monde est une organisation militante. On agit sur le terrain, puis on témoigne de ce que l’on voit sur la base des opérations pour faire changer les choses», précise Jean-François. «Travailler au sein d’une organisation indépendante des partis politiques et de l’agenda partisan est très important pour moi. Lire la suite

Françoise Sivignon : « Le conflit syrien est d’une complexité énorme »

Pourquoi la guerre en Syrie mobilise-t-elle si peu l’opinion ?

La réponse de Françoise Sivignon, présidente de Médecins du monde

En août dernier, Médecins du monde a lancé une pétition en ligne pour alerter sur la situation en Syrie. Jusqu’au début de cette semaine, le nombre de signataires plafonnait, et ce depuis des mois, autour de 30 000 personnes. C’est peu comparé, par exemple, aux centaines de milliers de signatures que notre pétition sur les prix des médicaments a recueillies. Le manque de succès de cet appel montrait le peu de mobilisation des Français autour du sort d’Alep et plus largement du conflit en Syrie.

Ces derniers jours, nous avons constaté une brusque augmentation des signatures. Cela est dû aux images en provenance d’Alep et à notre activation des leviers politiques. La semaine dernière, nous avons, par exemple, rencontré le président Hollande, pour que les règles du droit international soient respectées. Lire la suite