Trouvez-vous que la santé soit un thème de la campagne actuelle ?

 

Olivier BERNARD : « On en parle peu au regard des enjeux très importants. »

Quels sont ces enjeux ?

« En 2003-2004, la loi contre l’exclusion a permis la création de la Couverture maladie universelle (CMU). On a pu fermer dix centres de Médecins du monde en France sur trente-deux. Mais depuis plusieurs années, notre activité augmente de 10 % par an. En outre, nous accueillons des populations qui passent au travers des mailles du filet médico-social. Nos centres reçoivent 12 % d’enfants et d’adolescents (deux tiers des enfants de moins de 6 ans ne sont pas à jour de leurs vaccinations). Et les deux tiers des femmes enceintes qui viennent chez nous n’ont pas accès à des soins prénataux. »

Que demandez-vous aux politiques en campagne ?

« Notre question est la suivante : la France a-t-elle encore le meilleur système de soins du monde ? Partageons-nous le même constat ? Un cadre de 35 ans a une espérance de vie de six ans supérieure à celle d’un ouvrier du même âge. Le constat est douloureux, nous avons eu un très bon système, mais il n’est plus équitable. »

En quoi n’est-il plus équitable ?

« La CMU et la CMU complémentaire concernent quatre millions de pauvres en France. 55 % des soins courants sont remboursés par la Sécurité sociale, les 45 % restants par des complémentaires et des mutuelles. Les complémentaires santé sont donc obligatoires. 6 % des Français n’ont pas de complémentaires, mais parmi les personnes pauvres, ce sont 19 % d’entre elles qui ne sont pas couvertes par une mutuelle. »

Comment expliquer cette situation ?

« Les adultes bénéficiant de l’Allocation adulte handicapée ou du minimum vieillesse ne peuvent pas bénéficier de la CMU complémentaire. Pour quelques euros, elles dépassent le seuil. Il faudrait leur accorder le droit d’en bénéficier. »

Ceci a un coût et la politique de la santé est plutôt de freiner les dépenses ?

« Certes, mais retarder une prise en charge médicale coûte aussi très cher à la collectivité. »

Existe-t-il des mesures qui pourraient être mises en œuvre rapidement ?

« Il existe des lois et des règlements, il suffit de les appliquer. Par exemple, les chèques santé créés en 2005 pour financer une complémentaire sont peu connus, 75 % des personnes qui pourraient y prétendre ne les connaissent pas faute d’information. »

Que demandez-vous au prochain président de la République ?

« Une politique de santé ambitieuse pour les plus fragiles. Cela passe par un système de santé solidaire. »

Propos recueillis par Marie-Odile NICOLAS.

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