Migrants : quand les internautes financent une opération de sauvetage

Lancée ce week-end par l’association SOS Méditerranée, cette campagne de financement participatif a permis de récolter près de 90.000 euros en cinq jours.

Si de nombreuses associations se mobilisent pour l’accueil des réfugiés, d’autres s’y attellent dès leur traversée de la Méditerranée. Une campagne de crowdfunding a été lancée ce week-end pour financer une opération de sauvetage en mer des migrants et affréter un navire entre les côtes italiennes et libyennes.

L’objectif initial est de collecter 100.000 euros. Avec cet argent, SOS Méditerranée espère «louer durant un mois un bateau de 60 mètres pouvant accueillir jusqu’à 400 personnes». Dans l’idéal, l’association souhaite obtenir 1,2 million d’euros afin d’acheter son propre bateau et ainsi multiplier dans le temps les interventions, quelles que soient les conditions météorologiques, explique Sophie Beau, à l’origine du projet. «Contrairement à la Croix Rouge, on ne pourra pas avoir des milliers de bénévoles en mer. Il nous faut donc un équipage professionnel qui puisse agir 24h/24.» Les opérations seront menées conjointement avec l’association Médecins du monde qui médicalisera le navire.

En seulement cinq jours, près de 2000 contributeurs se sont mobilisés à hauteur de 90.000 euros. Les dons peuvent être collectés pendant encore 40 jours. «C’est un projet ambitieux», affirme Mathieu Maire du Poset, directeur général adjoint d’Ulule. Même si «les mises en avant sur le site se font de façon automatique», en fonction de la popularité des projets, «nous avons vocation à davantage promouvoir ce projet, car il peut toucher beaucoup plus de monde que d’autres», explique la direction du site de financement participatif. Le projet est international. Il est présenté en cinq langues et compte des soutiens dans vingt-cinq pays différents.

Des sociétés civiles de sauvetage en mer existent déjà dans le nord de l’Europe. Elles n’interviennent que dans les eaux territoriales et il n’existe pas d’équivalent pour la Méditerranée. En Allemagne, la société DGzRS, fondée il y a 150 ans lorsque les locaux quittaient l’Europe pour rejoindre l’Amérique en bateau, est notamment très reconnue et fonctionne sur des fonds privés issus de la générosité du public.

Une chaîne de sauvetage en coordination avec les autorités

C’est «la répétition des naufrages et le manque de moyens pour aider ces populations en détresse» qui a motivé l’association SOS Méditerranée à lancer ce projet. «Porter assistance à ces gens qui se noient en mer est aujourd’hui un impératif, quel que soit ensuite le débat sur l’accueil de ces réfugiés. Nous sommes uniquement dans l’action humanitaire», assure Sophie Beau, cofondatrice de l’association. «C’est notre priorité. Il faut distinguer ces questions des agendas politiques et médiatiques qui font que ces questions ne remontent que ponctuellement», ajoute-t-elle.

Pour mener à bien sa mission, SOS Méditerranée peut également compter sur un centre de coordination des naufrages maritimes basé à Rome. Il réceptionne les appels de détresse des bateaux, à la manière du 15, et mobilise les moyens adéquats pour porter secours. Ce centre analyse les cartes maritimes et interpelle les bateaux les plus proches pour qu’ils portent assistance. C’est ensuite les autorités qui déterminent le port de débarquement des migrants secourus. «On va positionner notre bateau dans les eaux internationales au plus proche des zones de naufrage, que l’on connaît, pour être efficace le plus rapidement possible, explique Sophie Beau.Les garde-côtes actuels restent dans les eaux européennes. Ça leur prend donc entre six et dix heures de navigation pour arriver sur les lieux du drame.»

Depuis le début de l’année, près de 500.000 personnes ont risqué leur vie en tentant de rejoindre l’Europe par la Méditerranée. Plus de 2800 d’entre elles ont perdu la vie, selon l’Observatoire international des Migrations.

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