Une maraude nocturne à Strasbourg avec Médecins du Monde

le 11/08/2011 à 05:00 par Geneviève Daune-Anglard

Emma a été vue par les bénévoles de Médecins du Monde pour la première fois la semaine dernière. Bien que ne parlant pas français, elle apprécie le passage de l’équipe, le café et la soupe, les soins qui lui sont prodigués. Photos Dominique GutekunstEmma a été vue par les bénévoles de Médecins du Monde pour la première fois la semaine dernière. Bien que ne parlant pas français, elle apprécie le passage de l’équipe, le café et la soupe, les soins qui lui sont prodigués. Photos Dominique Gutekunst

 

Chaque vendredi des deux mois d’été, Médecins du Monde fait la tournée des sans-abri à Strasbourg pour leur proposer soins, boissons chaudes et, surtout, contacts humains. Une démarche très appréciée de la plupart des personnes à la rue.

L’ambulance est de réforme, mais entretenue et mise à disposition par les HUS (Hôpitaux universitaires de Strasbourg), elle continue à effectuer régulièrement les rondes nocturnes de Médecins du Monde. À bord, ce vendredi, quatre bénévoles de l’association, un médecin, Catherine, une infirmière, Adèle, une élève infirmière, Pauline et le chauffeur Fred qui ont tous revêtu le gilet blanc siglé Médecins du Monde.

Outre les médicaments courants, deux caisses contiennent des bouteilles thermos remplies de café, d’eau chaude pour le thé ou de soupe. Il y a également des paquets de biscuits, de chips ou des boîtes de pâté et dans un coffre, des paires chaussettes propres et des couvertures.

L’ambulance s’ébranle pour sillonner les quartiers de Strasbourg, à la rencontre des personnes qui y vivent et y dorment. Des personnes trop souvent invisibles le jour pour nos yeux qui ne veulent pas les voir, mais qui deviennent évidentes la nuit, campant ou occupant les encoignures de portes ou les passages couverts pour être à l’abri de la pluie.

Premier arrêt sur le campus de l’Esplanade. Un couple plus tout jeune est installé sous un porche. Lui, les cheveux blancs, est sans papier et ne dort jamais deux nuits de suite au même endroit. Elle est tchèque. À côté d’eux, un homme dort. « On le connaît bien, il est là depuis trois ou quatre ans, relève Catherine qui vérifie que le dormeur va bien. Mais le couple est nouveau ». Ce dernier accepte un café avec plaisir, mais rien d’autre.

La tournée reprend, direction les institutions européennes. Un quartier où, a priori, on ne s’attend pas à trouver des sans-abri. Et pourtant une petite tente igloo s’est posée sur l’herbe. À l’intérieur, Emma, arrivée d’un pays de l’Est.

La quarantaine bien sonnée, blonde, elle ne parle pas français et aucun des bénévoles, l’allemand. Adèle, qui a des origines polonaises, prononce quelques mots qui amènent un large sourire d’Emma. Et le mot café, proposé par Catherine, s’avérera toute la soirée un sésame quasi infaillible pour établir un contact. « La difficulté, c’est la langue, remarque Pauline. C’est difficile de comprendre ce dont ils ont besoin ».

Mais avec des gestes, la communication s’établit quand même. Emma souffre d’un pied et le médecin l’examine dans l’ambulance avant de la panser et de lui laisser de quoi refaire son pansement. Avec en prime, une soupe et un café chauds.

Plus loin, en bordure du canal, deux tentes sont serrées l’une contre l’autre. Elles sont occupées, mais personne ne répond aux salutations de l’équipe. Un silence qui sera respecté. « Nous ne forçons jamais le contact, insiste Fred. Et nous respectons l’intimité des gens s’ils ne souhaitent pas répondre ».

L’ambulance prend ensuite la direction du centre-ville de Strasbourg. Arrêt causette avec Emmanuel, 43 ans, depuis cinq mois à la rue, et avec Patrick, un Mauricien qui a grandi à Strasbourg et qui vit depuis deux mois au pied d’un arbre. Quand on interroge Emmanuel sur ce qui l’a amené à être sans-abri, son regard se ferme. Mais il évoque son passé : « J’étais militaire de carrière, dans le déminage et j’ai bourlingué dans pas mal de pays. » Il cite volontiers des locutions latines et me pose aussi beaucoup de questions sur mon métier.

Patrick, lui, a une gaieté chevillée au corps. Malgré une blessure au doigt suite à une chute qui le fait visiblement souffrir, il plaisante avec Catherine et, très disert, parle de son quotidien, de cet architecte du quartier qui vient le voir tous les jours pour lui parler et lui apporter de quoi manger.

Le souci du moment de Patrick est la météo. Il a beau s’être muni d’une bâche pour se protéger, les averses fréquentes et torrentielles de ces derniers jours le laissent à chaque fois trempé. Il a néanmoins bon espoir d’obtenir une chambre, avant l’hiver qui lui fait peur, grâce aux services sociaux de la ville.

Il est 23 h, rue des grandes Arcades. Là, ce sont des jeunes avec des chiens qui se sont rassemblés et qui viennent demander à l’équipe de Médecins du Monde, qui, une paire de chaussette, qui, une couverture, mais aussi des biscuits et des douceurs et un kit d’injection stérile. Car l’alcool et la drogue sont omniprésents dans la rue, pour tenir le coup et éloigner l’angoisse.

Le groupe laisse une impression de désespoir sourd, dû au dénuement mais aussi à une grande solitude affective, certains étant à peine sortis de l’adolescence. Les uns demandent conseil à Catherine ou à Fred, d’autres profitent du café pour échanger quelques mots et remercier. La tournée de l’équipe s’achève vers 1 h à la gare de Strasbourg.

le 11/08/2011 à 05:00 par Geneviève Daune-Anglard

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