« Tri » des migrants : les associations claquent la porte du ministère de l’Intérieur

Emmaüs, Médecins du Monde, ou encore la Cimade, ont refusé vendredi le discours du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb. Réunis place Beauvau, les acteurs associatifs ont quitté le bureau de l’ex-maire de Lyon après ses explications sur le recensement des personnes accueillies en hébergement d’urgence, dénonçant une logique de tri. L’exécutif défend, lui, une méthode d’identification, pour rediriger ceux qui doivent être pris en charge par d’autres structures et libérer des places pour les sans-abri.

Pas question de rentrer dans une logique « de recensement, d’étiquetage et de triage », a dénoncé Patrick Doutreligne, le président de l’Union nationale d’associations sanitaires et sociales (Uniopss), à l’issue de la réunion. Si demandeurs d’asile et réfugiés pourront prétendre à un accueil par la France, les déboutés et tous ceux enregistrés dans un autre pays européen devront quitter le pays.

Pour les associations, le recensement « franchit trois lignes rouges : l’accueil inconditionnel, le non-respect de la loi informatique et libertés si on nous demande de transmettre des listes, et d’éventuelles interventions de la police dans les centres », a averti Patrick Doutreligne. Sur Twitter, Médecins du Monde s’inquiète aussi d’une augmentation du nombre de personnes à la rue et « une plus grande précarisation ».

Une méthode pour répondre à la promesse d’Emmanuel Macron

Gérard Collomb compte envoyer des « équipes mobiles » dans les centres d’hébergement d’urgence pour effectuer ce contrôle de la situation administrative des personnes accueillies. L’idée répond à la promesse d’Emmanuel Macron, en juillet, de n’avoir « plus personne » à la rue « d’ici la fin de l’année ». Le président de la République avait alors donné la méthode : appliquer, « dès la première minute, un traitement administratif » aux migrants, avec « derrière une vraie politique de reconduite aux frontières ». Les sans-papiers restent souvent plus longtemps que d’autres en hébergement d’urgence, puisque leur situation illégale ne leur permet pas de s’intégrer, raconte Le Monde. En 2015, le Samu social de Paris répondait à trois demandes sur quatre émanant de familles, plus qu’une sur quatre en 2017, selon le quotidien du soir.

Mais cette méthode de recensement a déclenché la colère des associations, d’autant plus qu’elles avaient déjà manifesté leur opposition à ce principe. Ce que rappelle Jean-Michel Hitter, de la Fédération d’entraide protestante, au Monde : « Le 14 novembre, nous avons adressé une lettre commune au chef de l’Etat lui signifiant que nous refusions cette politique du tri qui place les associations gestionnaires de ces capacités d’accueil dans des missions de contrôle contraires à

a déontologie du travail social, qui nécessite confiance et adhésion au projet de la personne. » En plus des associations citées plus tôt, le Secours catholique,la Fondation Abbé Pierre, le Samu Social de Paris, mais aussi la Ligue des droits de l’homme ont signé le communiqué refusant la mise en place de cette procédure.

 Une expérimentation de cette méthode de contrôle est déjà en cours depuis quelques semaines en Ile-de-France. Le ministère de l’Intérieur a assuré que « les équipes mobiles ne [comprendraient] pas de forces de l’ordre » et qu’ »il n’y aura pas de prise d’empreintes » mais des « entretiens » avec les personnes hébergées. « Possiblement, les gens qui remplissent les critères de régularisation devront être régularisés », ajoute-t-on. Une circulaire devrait être publiée d’ici la fin du week-end pour spécifier le fonctionnement et le rôle de ces équipes mobiles. Et au premier semestre 2018, un projet de loi pour la « refondation complète de la politique d’immigration » devrait voir le jour

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