Pour Médecins du Monde « tout est fait pour montrer aux migrants qu’ils ne sont pas les bienvenus » Crise des migrants

Le docteur Jean-François Corty, directeur des Opérations Internationales de Médecins du Monde, condamne la politique du gouvernement en matière d’accueil des migrants. Dans son livre, La France qui accueille*, qui sort le 18 janvier prochain, le Toulousain veut montrer que le pays reste solidaire et que des solutions pour l’accueil existent.

Emmanuel Macron se rend ce mardi à Calais pour y rencontrer notamment les associations d’aides aux migrants. En tant qu’association, quel est votre point de vue sur la politique menée par le gouvernement en matière d’immigration ?

C’est une politique très agressive qui est dans la continuité de celle menée par les gouvernements précédents, que ce soit de droite ou de gauche. Cette politique met en difficulté les migrants, les aidants, remet en question le principe de l’asile et utilise des méthodes qui ne respectent pas les droits fondamentaux.  Tout est fait pour créer des conditions de dissuasion, pour montrer aux migrants qu’ils ne sont pas les bienvenus. Sur les 100 000 demandes d’asile de 2017, seulement la moitié ont été reconnues comme valables. Actuellement, les autorités sont prêtes à utiliser la violence, à détruire les abris à Calais, à gazer les sacs de couchage, pour empêcher l’arrivée de nouveaux migrants. 

Mais ce qui est grave, c’est qu’on détruit la cohésion sociale. Le délit de solidarité crée les conditions de la délation, on pousse les gens à dénoncer leur voisin qui a accueilli un migrant. Les associations se retrouvent dans des postures schizophréniques où on leur demande de ne pas respecter la loi en termes de protection des mineurs isolés. Tout cela casse le pacte républicain.

Selon vous, la France peut-elle accueillir plus de migrants ?

Sans être sur une posture idéologique, la France en a la capacité économique, elle a une société civile qui est prête à faire plus. Il est vrai que ce n’est pas simple d’accueillir des migrants dans de bonnes conditions. Cela a un coût. Mais d’autre part, plusieurs études ont montré que la migration était une plus-value politique et économique. C’est ce que l’on montre aussi dans notre livre : des villages revivent grâce à des migrants qui viennent faire fonctionner l’économie.

Quels sont aujourd’hui les principaux freins à l’intégration que connaissent les migrants ?

La barrière de la langue est une difficulté mais elle peut être facilement relevable. Par ailleurs, cela prend beaucoup de temps d’obtenir des autorisations, notamment des récépissés de demande d’asile. L’accès au travail est limité, alors que beaucoup de demandeurs d’asiles sont des forces vives, ont envie de travailler. Il y a aussi le problème de l’accès au logement, qui est le même pour tout le monde, migrants comme Français précaires.

Il existe malgré tout des solutions, que vous pointez, en partie, dans votre ouvrage La France qui accueille, rédigé avec Dominique Chivot.

Dans une période historique difficile, il y a des opportunités pour que les choses aillent mieux. On voit des étudiants, des familles qui hébergent des gens. On a des artistes qui veulent se rendre utiles. Des gens de la banlieue se mobilisent aussi et ces initiatives permettent de faire changer le regard sur les quartiers. Les autorités ont intérêt à valoriser ce vivier de solidarités que nous avons en France. Tout ne doit pas retomber sur les épaules de l’État providence. La place de la société civile est importante. Mais aujourd’hui, le gouvernement empêche même ces initiatives au lieu de les accompagner et de les valoriser. Il faut que les acteurs de l’État, des régions, des mairies, des associations puissent se parler davantage, se coordonner. Notre société est encore généreuse, elle le montre tous les jours. 

*Les Editions de l’Atelier, 160 pages, 15,00 €

ELAINE CORDON

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