Médecins du Monde alerte sur l’état de santé des ruraux

par Julien Prioux

Les zones rurales sont loin d’être épargnées par la précarité. Malaise de ce symptôme, 14% des agriculteurs déclarent avoir renoncé à consulter un médecin au cours des 12 derniers mois.

Dans le rapport 2015 de l’Observatoire de l’accès aux droits et aux soins qui vient d’être publié, l’association humanitaire Médecins du Monde (MdM) alerte sur la situation sanitaire « catastrophique » que connaissent les migrants arrivés en France. L’ONG appelle les pouvoirs publics à agir.

Pourtant, ces malheureux ne sont pas les seuls à subir les conséquences de la précarité. Moins visible, celle en milieu rural a aussi été étudiée dans ce rapport. Et les espaces ruraux sont loin d’être épargnés par le phénomène, révèlent ces humanitaires.

L’Auvergne concernée

MdM explique avoir mis en place, depuis mai 2013, un dispositif nommé Rescorda (Réseau de santé et de coordination d’appui) qui accompagne les personnes vulnérables rencontrant des difficultés d’accès aux droits et aux soins vivant dans les Combrailles en Auvergne.
Cette équipe propose d’abord une évaluation des besoins sociaux et de santé de la personne et l’informe sur ses droits à la santé.
Si nécessaire, elle offre un accompagnement dans les démarches administratives et établit, avec le patient, un parcours de soins en se coordonnant avec les acteurs locaux concernés. Le but au bout de cette démarche est bien évidemment l’autonomie du patient.

 

Un renoncement aux soins important

À ce jour, plus de 200 personnes ont été suivies dans le cadre de ce programme. Plus de 300 consultations sociales, plus de 100 consultations de santé (médicales, infirmières, psychologiques) et plus de 100 accompagnements physiques ont été effectués.
Jeunes adultes, jeunes en errance, néoruraux, familles monoparentales, personnes seules, personnes âgées et agriculteurs font partie des profils rencontrés. La plupart rencontrent des difficultés financières et disent se sentir isolées face à leur situation.
Par ailleurs, la majorité des personnes confie avoir un médecin traitant et une couverture maladie. Mais cela n’est pas forcément synonyme de meilleure santé.

En effet, près de 50 % des personnes rencontrées déclarent avoir déjà renoncé à des soins, alors que la majorité a au moins un problème de santé en cours et considère son état de santé comme « mauvais » ou « médiocre ».

 

Les agriculteurs pas épargnés

Face à ces résultats inquiétants, MdM veut également attirer l’attention sur la santé des agriculteurs, « des profils de personnes vulnérables, mais peu pris en charge par le réseau Rescorda alors que tout porte à croire qu’ils présentent des problèmes de santé et n’ont pas recours aux soins de manière optimale ».

Par exemple, 14 % des agriculteurs interrogés déclarent avoir renoncé à consulter un médecin et près de 20 % un dentiste au cours des 12 derniers mois. Le manque de temps est le motif le plus souvent évoqué pour expliquer le refus ou le renoncement aux soins. L’enquête qualitative a montré qu’il pouvait être, parfois, un prétexte masquant une autre cause (peur du médecin ou d’un acte chirurgical, absence de motivation, difficultés financières…)

Dans cette même enquête, MdM  observe aussi chez les agriculteurs une tendance à la suractivité professionnelle, « qui a des répercussions non négligeable sur la santé ».
Plus des 3⁄4 des agriculteurs considèrent ainsi que leur travail est fatiguant nerveusement et physiquement, et plus de la moitié déclare qu’il les empêche souvent de dormir.

La santé des bêtes d’abord

Dernier résultat, un quart des agriculteurs présenterait une détresse psychologique. Le lien entre les pressions professionnelles et leurs répercussions sur la santé est clairement explicité, confirment les enquêteurs. Ils citent notamment une personne qui dit de son mari qu’il a parfois du mal à décrocher parce qu’« il organise beaucoup ses journées, la nuit ou aux toilettes aussi ».

Deuxième histoire, celle racontée par une femme d’agriculteurs . Elle résume sa vie (et celle de son mari) de la façon suivante : « Pour les paysans, c’est plus indispensable de faire soigner les animaux que de se faire soigner eux-mêmes ».

Pour rappel, le suicide est la troisième cause de mortalité chez les agriculteurs en France.

 

 

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