Ce que les ONG doivent faire pour éviter la paralysie dans les zones de conflit

L’assassinat de l’otage Peter Kassig par le groupe Etat islamique pose la question de la marge de manœuvre des ONG internationales dans les zones de guerre. Comment éviter qu’elles soient perçues comme des agents de l’Occident? Par Pierre Micheletti, ancien président de Médecins du monde

Les ONG internationales, largement dominées par des organisations dont les sièges, comme les financements, sont principalement issus des pays occidentaux, sont-elles condamnées – pour cause d’une insécurité motivée par leur ancrage à des pays majoritairement chrétiens – à ne plus pouvoir se déployer? En Irak, en Afghanistan, en Syrie, au Mali, au Niger, en Centrafrique, les ONG occidentales sont-elles ainsi bloquées dans leurs capacités à se déplacer et à intervenir parce que ces terrains seraient l’expression de tensions religieuses?

La question est brusquement et tragiquement réactivée par l’assassinat de Peter Kassig en Syrie.

Face à ce questionnement, chaque pays est un cas particulier.

La réactivation du fait religieux, qui irrigue nombre des terrains de crise, fait aussi l’objet de manipulations et de dévoiements préoccupants de la part des acteurs politiques. Dans bon nombre de conflits non internationaux, les politiciens font un usage immodéré des différences confessionnelles, qui parfois viennent se surajouter à des différends entre tribus, ou des désaccords politiques, économiques, fonciers. Ils soufflent sur les braises et organisent les termes d’un conflit politique auquel s’ajoute l’usage fallacieux et hypertrophié de la question religieuse.

Il convient également, au plan des relations internationales, de ne pas faire preuve d’amnésie. Nous ne devons en effet pas perdre de vue le formidable accélérateur du clivage religieux qu’a constitué la Guerre froide.

Ainsi, après avoir alimenté la mobilisation anticommuniste, la question religieuse, qui a échappé à la maîtrise de ces mentors occidentaux pour aborder les terres plus radicales du wahhabisme –, se retourne contre son maître d’hier, non parce qu’il serait athée, mais parce qu’il incarnerait une nouvelle forme de croisade contemporaine, sur des terrains qui sont traditionnellement des terres d’islam… Ainsi pris dans la rhétorique duchoc des civilisations, le mouvement des ONG internationales, parce que toujours largement dominé par des organisations issues des pays occidentaux, est piégé car placé dans une posture qui peut le conduire à la paralysie.

 

 

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