« On ne solutionnera pas la crise des réfugiés avec des tentes dans des champs de boue »

A situation exceptionnelle, décision exceptionnelle. Face à la crise des réfugiés qui prend un tour de plus en plus dramatique, la Commission européenne a décidé de dégager 700 millions d’euros d’aide humanitaire. Une tranche de 300 millions sera libérée dès cette année. Cette aide destinée généralement aux pays pauvres, d’Afrique essentiellement, sera cette fois dédiée à des Etats membres de l’Union européenne. Et en particulier à la Grèce qui est actuellement en grande difficulté.

Cet argent servira à augmenter les capacités d’accueil des réfugiés, à leur fournir de la nourriture, des médicaments, des services d’éducation et de protection. Cette aide sera fournie en étroite collaboration avec les Etats membres et les ONG présentes sur le terrain. Pierre Verbeeren est directeur de Médecins du Monde. Son association est active en Grèce. Sa première réaction est prudemment positive. « C’est toujours une bonne nouvelle de voir des mécanismes de solidarité qui se créent entre les Etats membres de l’Union européenne. » Mais très vite, il relativise. « 300 millions d’euros pour cette année-ci, c’est assez précisément le même budget que celui de l’agence belge pour l’accueil des demandeurs d’asile. Ça vous donne une comparaison des montants, on a ainsi une idée des montants qui sont dégagés pour l’ensemble de la problématique des réfugiés en Europe, essentiellement pour la Grèce. »

De l’avis même de la Commission européenne, « C’est là que nous avons la crise humanitaire la plus grave. » Athènes doit faire face à un double problème : dans le sud du pays, les réfugiés arrivent encore en nombre de Turquie alors qu’au nord, les pays situés sur la route des Balkans ferment leurs frontières les uns après les autres. Résultat, avec plus de 20 000 réfugiés sur son sol, dont la moitié bloqués à la frontière avec la Macédoine, la Grèce est totalement débordée. Lire la suite

Messieurs Hollande et Cameron, réunissez les familles séparées

François Hollande et David Cameron se réuniront jeudi 3 mars, à Amiens, pour un sommet sur la crise des migrants. Des personnalités et des ONG lancent un appel et leur demandent de mettre en place une coopération afin de réunir les familles séparées par la Manche.

  • Messieurs Hollande et Cameron, réunissez les familles séparées

Calais, Dunkerque. Environ 6 000 personnes. Des hommes, des femmes, des enfants et même des nourrissons.

Loin des clichés, des passions, des joutes politiques, il y a la réalité. Celle de personnes qui sont là dans l’espoir de rejoindre leurs proches, au Royaume-Uni.

Les contrôles pourront se multiplier, les barrières se renforcer, la volonté et le besoin de rejoindre sa famille seront toujours plus forts.

Qui de nous, obligé de fuir son pays pour échapper aux bombes, aux violences, à la persécution renoncerait à rejoindre ses proches pour retrouver sécurité, repos et le bien-être de vivre en famille, réunis ? Lire la suite

Pétition – Non aux examens osseux pour déterminer l’âge des migrants

Le réseau Education Sans Frontières a lancé une pétition pour demander l’interdiction des examens osseux permettant de déterminer l’âge des jeunes migrants. L’appel a déjà rassemblé plus de 10.000 signataires, et parmi eux, de nombreux médecins.

Entretien avec le Dr Serge Lipski, radiopédiatre, Médecins du monde

En l’absence de papiers valables, les autorités peuvent demander une radiographie du poigné d’un jeune migrant, pour déterminer son âge. S’il a plus de 18 ans, il ne pourra plus bénéficier de certains avantages, comme l’aide sociale à l’enfance.

Les personnes qui s’opposent à cette pratique critique tout d’abord la fiabilité de l’examen. Selon le Dr Serge Lipski, membre de Médecins du monde « pour déterminter l’âge, on cherche à voir la maturation des points cartilagineux des différents os qui forment la paume de la main, et on les compare avec un atlas. L’atlas qui sert de référence a été fait dans les années 1950 sur des populations caucasiennes qui n’ont strictement rien à voir avec les populations concernées par la migration, pour la plupart subsahariennes. Avec des variations de l’ordre de 18 à 24 mois, on peut attribuer à un adolescent de 17 ans et donc mineur, un  âge osseux de 19 ans qui va le mettre hors des systèmes de protection de l’enfance« .

Radiologue de formation et spécialisé en pédiatrie, le Dr Serge Lipski fait partie des signataires de la pétition car selon lui, ces examens posent aussi un réel problème éthique : « C’est utiliser la médecine à des fins judicaires, ce qui est discutable. C’est aussi irradier inutillement des enfants, parfois à plusieurs reprises« .

 

Interdisons les tests d’âge osseux sur les jeunes immigrés

Par un collectif

 

Depuis 2012, huit jeunes étrangers au moins, de ceux que l’on appelle mineurs isolés étrangers (MIE), ont été traduits devant les tribunaux lyonnais. Le Conseil général du Rhône qui les avait pris en charge s’est porté partie civile et les a déclarés majeurs sur la base de tests physiologiques, et en particulier des tests d’âge osseux. Tous ont été condamnés en première instance à des peines de plusieurs mois de prison, assorties ou pas du sursis, à des années d’interdiction du territoire ainsi qu’à de lourdes sanctions financières (jusqu’à 260 000 €). Ils ont fait face à des accusations d’usurpation d’identité, de faux et d’usage de faux dès l’instant où un test d’âge osseux les décrète majeurs, et une certaine presse locale leur reproche « d’avoir vécu aux crochets du contribuable ».

Soumis aux mêmes tests, d’autres jeunes, plusieurs centaines vraisemblablement, sont exclus de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) et se retrouvent à la rue.

Pris en charge par l’ASE à leur arrivée en tant que mineurs au vu des documents qu’ils ont produits, ils sont accusés d’avoir menti sur leur âge, souvent à quelques mois de leur majorité. Ils sont alors soumis à des tests d’âge osseux ainsi qu’à des examens physiologiques, notamment des organes génitaux, particulièrement dégradants pour ces jeunes filles et garçons. Lire la suite