Accueil des migrants à Paris : MDM dénonce des dysfonctionnements à la sortie du centre

« Le centre de premier accueil (CPA) est un beau projet. Mais le processus d’orientation des migrants en aval est entravé aujourd’hui », explique Pierre Ramel, coordinateur régional de la délégation Ile-de-France de Médecins du Monde (MDM). L’organisation non gouvernementale, partenaire sanitaire (avec le SAMU social de Paris) du dispositif ouvert le 10 novembre 2016, dont l’opérateur est Emmaüs Solidarité, dénonce le manque d’anticipation de l’État, qui met à mal la capacité du CPA à accueillir les migrants qui se présentent chaque jour (50 à 80, en théorie).

160 centres d’accueil

Après une évaluation administrative, sociale et sanitaire au sein du CPA, ces primo-arrivants devraient être orientés vers les quelque 160 centres d’accueil et d’orientation (CAO) présents dans l’Hexagone. Ou, pour les « dublinés » – la convention de Dublin veut qu’un migrant dépose une demande d’asile dans le premier pays de l’espace Schengen où il a laissé ses empreintes – vers les centres d’hébergement d’urgence (CHU) franciliens, le temps de la procédure de réadmission. Quatre-vingt-dix pour cent des personnes accueillies dans le CPA relèvent de ce règlement. Or les CHU sont « saturés ou en passe de l’être », assure MDM, qui demande donc à l’État, et plus particulièrement au ministère de l’Intérieur, de permettre leur orientation vers les CAO. Lire la suite

Drogues : démarrage réussi des salles d’injection en France

Le premier comité de pilotage des salles de consommation à moindre risque a eu lieu ce jeudi, à Strasbourg. Le bilan est positif.

C’est à Strasbourg que la Mildeca (Mission Interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives) a choisi de faire le premier « comité  de pilotage » sur les salles de consommation de drogues à moindre risque (SCMR). Sa présidente, Danièle Jourdain-Menninger, tenait à ce déplacement à portée hautement symbolique. « Pour montrer à quel point nous nous inscrivons dans un dispositif national », explique-t-elle. Peut-être aussi parce qu’à Strasbourg, ces fameuses « salles de shoot » revêtent une dimension nettement moins idéologique et politique (voir encadré) que dans la capitale.

Il faut d’ailleurs cesser de les appeler ainsi : le vocable appartient à celui des opposants à ce dispositif de réduction des risques (RDR), dont les représentants ont dressé un bilan profondément positif ce jeudi. Deux salles ont ouvert leurs portes depuis l’inscription de l’article 41 de la loi santé ouvrant la voie à l’expérimentation nationale. La première, à Paris, fait largement ses preuves ; la seconde, strasbourgeoise, suit les pas de sa cousine.

Les riverains en redemandent

Des premiers pas difficiles, il faut le rappeler, dans une France marquée par un certain retard vis à vis de ses voisins. L’Allemagne s’est dotée de tels dispositifs il y a 20 ans et la Suisse, il y a trois décennies. Mais après la grogne qu’ont inspirée les SCMR dans l’Hexagone, l’heure semble désormais à une demande accrue. « Les riverains qui s’opposaient au projet veulent maintenant que la salle ouvre plus longtemps, sourit la présidente de la Mildeca. Ils ont perçu les bénéfices : moins de scènes ouvertes [lieux de 

consommation de drogues sur la voie publique, ndlr], moins de seringues qui traînent, plus de tranquillité ».

Des propos confirmés par les représentants de la justice et de la police, présents lors du comité national. Contrairement aux peurs évoquées, le trafic de drogues ne s’est pas intensifié aux abords des salles, où la présence policière a légèrement augmenté. Ces lieux semblent avoir apporté une certaine sérénité là où les relations entre usagers et habitants menaçaient de s’empoisonner.

Strasbourg, Paris : des usages variés

Voilà pour les riverains inquiets. Pour les usagers de drogues, à qui ces salles s’adressent en premier lieu, les bénéfices, présentés par les équipes municipales de Strasbourg et de Paris, les associations des deux villes (Ithaque et Gaïa) et la Mildeca, qui ont porté le projet, sont déjà perceptibles.

Dans les deux communes, les salles ont permis d’atteindre les usagers les plus précaires et isolés, expliquent ces acteurs. La prévalence de l’hépatite C y est élevée, la vaccination contre l’hépatite B, limitée. A Strasbourg, la moitié des usagers consommaient dans les espaces publics, 30 % dans des lieux isolés, avec des pratiques à risque (échange de seringues, conditions hygiéniques délétères) ; ils disposent désormais un lieu propre et encadré, où ils peuvent se dépister et avoir accès à des soins dont ils restaient à l’écart.

A Paris, la « montée en charge » est importante – plus, peut-être, que prévu, mais les

acteurs parisiens disent pouvoir y faire face. Depuis l’ouverture il y a quatre mois, ils dénombrent 16 000 passages, soit 175 par jour, pour quelque 500 consommateurs. La file active est plus importante qu’à Strasbourg, où l’on ne compte encore que 519 passages, soit 20 à 25 quotidiens, un nombre qui a vocation à croître.

De Strasbourg à Paris, les usages varient, d’ailleurs. La salle de la capitale européenne accueille une majorité d’injecteurs (95 % des consommateurs), qui consomment par ce biais de la cocaïne en premier lieu, puis des opiacés. A Paris, les usagers consomment plutôt du crack et des opiacés (notamment du sulfate de morphine), injecté ou inhalé. La cocaïne représente moins d’1 % des consommations et l’héroïne, un peu plus d’1 %. Par ailleurs, les femmes constituent 35 % des passages à Strasbourg, contre 13 % à Paris. Les chiffres corroborent les données établies dans les deux villes par les CAARUD* et les CSAPA*.

Inspirer d’autres villes

« Le cahier des charges est commun, mais les expériences sont toutes les deux très spécifiques, explique Alexandre Feltz, médecin addictologue et adjoint au maire de Strasbourg. Demain, d’autres villes vont s’engager et il est important qu’il y ait des modèles différents ». Ces communes pourront ainsi s’en inspirer pour les adapter aux réalités locales. Car, de fait, si l’expérimentation nationale s’étale sur six ans, il est fort probable que d’autres villes se porteront candidates d’ici là.

Médecins du monde s’implique pour l’accès aux droits santé La Santé près de chez vous

La mission est presque inédite pour Médecins du monde. C’est en effet seulement la deuxième fois que Médecins du monde met en place, en France, un dispositif du genre en zone rurale. Lire la suite

« Dé-camper », un livre-CD pour mieux penser la migration, l’exil, l’accueil

Une centaine de contributeurs, artistes, chercheurs, bénévoles, exilés, ont mis la patte à « Dé-camper », livre-CD qui invite à repenser la question des camps de réfugiés. Derrière ce projet : la Maison de l’environnement de Dunkerque.

Le chanteur Dominique A, le réalisateur Robert Guédiguian, le dessinateur Plantu… L’ouvrage collectif Dé-camper de Lampedusa à Calais s’est offert de prestigieuses signatures. Il fallait bien ça pour mettre en lumière un sujet hautement politique, et difficile à cerner : celui des migrations.

La Maison de l’environnement de Dunkerque, qui ne voulait pas rester insensible à cette problématique si cruciale pour le territoire, a coordonné le projet. Et a entraîné dans son sillage la fondation Agnès B. et Médecins du monde, qui ont cofinancé l’ouvrage, publié aux éditions La Découverte sous la forme d’un livre-CD.

«  Les camps questionnent notre rapport au territoire, à la forme que prend la ville, à la place de ses habitants, à la précarité, expose Delphine Le Vergos, chargée de communication à la Maison de l’environnement. La migration est un problème de société qu’on doit intégrer, en termes d’accueil et de partage des territoires. Ce n’est pas une question qu’on peut «régler» . » Lire la suite

RAPPORT DE MDM : UNE PRÉCARITÉ TOUJOURS PLUS IMPORTANTE EN FRANCE

A l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère, le 17 octobre, Médecins du Monde (MdM) a publié son 16e rapport annuel sur l’accès aux droits et aux soins des plus démunis en France. Comme d’habitude, hélas, il témoigne des « difficultés persistantes rencontrées par ces personnes pour accéder à leurs droits et se faire soigner ». Cette dénonciation des inégalités, MdM l’a fait depuis plus de trente ans, y apportant des solutions. Mais l’ONG a bien conscience que cela ne suffit pas et que le problème de ces inégalités persiste car les politiques publiques conduites « sont bien en-deçà des enjeux actuels ».

Structure modulable pour centre humanitaire

Avec l’espoir de faire cesser les campements sauvages, un centre humanitaire qui pourra héberger et orienter quatre cents migrants a ouvert à Paris.

Porte de la Chapelle à Paris, jeudi matin, a ouvert un centre humanitaire qui pourra accueillir et orienter quatre cents migrants. Avec l’objectif de mettre fin aux incessantes reconstitutions de campements indignes dans la capitale. C’est Emmaüs solidarités qui pilote la structure qui devrait accueillir chaque jour entre cinquante et quatre-vingts personnes, soit le nombre de migrants arrivant chaque jour à Paris. Lire la suite