L’Europe veut dresser un « mur » en Libye

Comment bloquer le flux de migrants rejoignant l’Europe ? En les arrêtant avant qu’ils n’entrent dans l’Union. Cette solution appliquée avec succès en Turquie pour les migrants venant du Moyen Orient, l’Europe a décidé hier de la mettre en œuvre en Libye, pour les migrants africains.

Malgré le chaos dans lequel est plongé le pays depuis la chute de Kadhafi ? Oui, a répondu la chancelière allemande Angela Merkel : « Nous savons que la situation des réfugiés est dramatique en Libye. C’est pour cela que nous devons procéder dans le même contexte qu’en Turquie : empêcher l’illégalité, mettre fin au jeu des passeurs et des trafiquants et améliorer la situation des réfugiés ».

Former les garde-côtes locaux

L’année dernière, plus de 180 000 migrants ont traversé la Méditerranée vers l’Italie, soit 20 % de plus que l’année précédente. Ils venaient le plus souvent du Nigeria, de l’Érythrée et de la Guinée, et 90 % d’entre eux avaient transité par la Libye. La crainte est que le printemps amène une forte augmentation des tentatives de passage.

Que va faire l’Europe ? Dans une « Déclaration de Malte » bouclée après des discussions « plus rapides que prévu », témoigne un participant, elle énumère dix priorités : former et équiper des gardes-côtes libyens, qui interviennent contre les passeurs dans les eaux territoriales où ne peuvent venir les bateaux européens ; « démanteler le modèle économique des passeurs » ; créer des « structures d’accueil » en Libye avec le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR) et l’Organisation internationale des migrations (OIM)…

Avec les tribus du sud

L’Union européenne va même enrôler dans son combat les tribus du sud de la Libye : elles « ont jusqu’à présent collaboré avec les trafiquants et gagné entre cinq et six millions d’euros par semaine grâce à cela », a expliqué le Premier ministre maltais Joseph Muscat, sans dire comment les Européens compenseront le manque à gagner.

Les organisations humanitaires, pointant les violences faites aux migrants en Libye, ont vivement protesté. « L’Union Européenne organise le refoulement vers leurs persécuteurs de personnes déjà éprouvées lors de leur premier passage », s’est alarmée Françoise Sivignon, présidente de Médecins du Monde. Continuer la lecture

Migrants: Ivry va accueillir des femmes dans son nouveau centre

Quelques bâtiments en bois abritent des chambres avec lits et armoires flambants neufs: à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), le centre d’accueil pour femmes et familles migrantes inauguré lundi s’apprête à recevoir ses premiers hôtes, dans le sillage du centre pour hommes déjà ouvert à Paris.

Ce centre, réservé aux femmes seules ou avec enfants, enceintes, et aux couples avec ou sans enfants, ouvrira ses portes jeudi.

Il accueillera d’abord un groupe de 90 migrants, selon l’association gestionnaire Emmaüs Solidarités, avant d’atteindre progressivement sa pleine capacité à la mi-mars: 400 personnes. Environ 350 seront réorientées depuis le centre de « pré-accueil » qui fonctionne déjà dans le nord de Paris, et 50 places seront attribuées à des familles roms qui vivent dans la rue à Ivry-sur-Seine.

Ces femmes, couples et leurs enfants resteront entre trois et cinq mois dans cette structure. Le temps de formuler une demande d’asile et d’être transférés vers des Centres d’accueil de demandeurs d’asile (Cada) pour attendre la fin de leurs démarches.

« Ici, on offre un accueil digne », pour « des publics fragiles », s’est félicitée la maire de Paris Anne Hidalgo devant la presse, après un tour du site en compagnie des ministres de l’Intérieur et du Logement, Bruno Le Roux et Emmanuelle Cosse.

« Ce centre, nous en avons besoin (…), particulièrement aujourd’hui où nous entamons une vague de grand froid qui appelle à une mobilisation extrêmement forte des services de l’Etat », a souligné Mme Cosse.

« Toute personne sur notre territoire a le droit à la solidarité et à la mise à l’abri, quel que soit son statut, quelle que soit son histoire », a-t-elle ajouté.

– ‘Villages à taille humaine’ –

Sur place, les premiers bâtiments prennent forme au dessus des anciens bassins filtrants. Le centre doit à terme occuper 4.800 m2 et s’articuler en six « quartiers » conçus comme autant de « villages à taille humaine », explique le directeur général d’Emmaüs Solidarité, Bruno Morel. L’association a recruté 80 salariés pour assurer son fonctionnement, aussi assuré par des bénévoles.

« La force de ce projet, c’est d’avoir des logements modulables », détaille son adjointe Aurélie El Hassak-Marzorati. Les chambres, entre 12 et 40 m2, seront adaptées en fonction de chaque famille.

Chaque quartier regroupera environ 70 résidents autour d’une « yourte ». Une structure inspirée de l’habitat mongol, où les migrants pourront se restaurer et participer aux activités collectives – ateliers sur la parentalité, formation au droit des étrangers. Continuer la lecture

Jean-François Corty, le médecin globe-trotteur et humaniste

http://www.ladepeche.fr/article/2016/12/23/2484123-jean-francois-corty-le-medecin-globe-trotteur-et-humaniste.html

Engagé très tôt dans l’action humanitaire, Jean-François Corty est aujourd’hui directeur des opérations internationales de Médecins du Monde. Un Toulousain qui a réalisé son rêve.

Dès l’année du bac, Jean-François savait qu’il voulait faire de la médecine pour s’engager dans l’humanitaire. Une enfance partagée entre le Maroc et la Haute-Garonne, auprès d’un père dentiste et d’une mère prof de biologie, a suffi pour sensibiliser l’enfant du Comminges au sort des plus démunis. «Je voyais dans la médecine la possibilité de faire des choses concrètes, pour ensuite pouvoir en parler et faire changer les choses», explique-t-il. Étudiant en médecine à Toulouse, Jean-François fait son stage à l’antenne locale de Médecins du Monde, tout en faisant du bénévolat à Médecins sans Frontières. Une année d’études en sciences politiques parachève sa formation, faisant de lui un médecin militant. Pendant les années 2000, Jean-François sillonne les théâtres de guerre et de catastrophes naturelles pour Médecins sans Frontières, du Libéria à l’Afghanistan, en passant par l’Iran, le Niger ou l’Erythrée, en tant que médecin ou chef de mission. Focalisé sur son objectif, Jean-François demeure pudique quant à son vécu en terres parfois très hostiles. «Chaque terrain est différent. Il peut y avoir beaucoup de stress et de violence. On doit faire confiance à notre équipe», avoue-t-il. En 2009, le médecin rejoint Médecins du Monde en tant que directeur des opérations France. «Le fait d’avoir grandi dans un milieu rural m’a sensibilisé à la question de la précarité», note-t-il. La solidarité et l’égalité de l’accès aux soins sont les valeurs portées par Jean-François avec le développement de programmes dans des zones oubliées des politiques publiques. «Médecins du Monde est une organisation militante. On agit sur le terrain, puis on témoigne de ce que l’on voit sur la base des opérations pour faire changer les choses», précise Jean-François. «Travailler au sein d’une organisation indépendante des partis politiques et de l’agenda partisan est très important pour moi. Continuer la lecture

Médecins du monde s’implique pour l’accès aux droits santé La Santé près de chez vous

La mission est presque inédite pour Médecins du monde. C’est en effet seulement la deuxième fois que Médecins du monde met en place, en France, un dispositif du genre en zone rurale. Continuer la lecture

En Haïti, deux mois après l’ouragan Matthew, les estomacs sont vides

Dans la nuit du 3 au 4 octobre, l’ouragan Matthew dévastait le sud de l’île, faisant près de 600 morts. Les trombes d’eau salée ont réduit à néant près de 90 % des terres cultivables ; 1,4 million de personnes ont besoin d’une assistance alimentaire

LE MONDE |  • Mis à jour le  | Par Patricia Jolly (Envoyée spéciale à Fond-Bayard, Jérémie, Julie (Haïti)

C’est un fétu de peau et d’os emmailloté de jaune. Sur sa minuscule poitrine haletante, une infirmière du service pédiatrique de l’hôpital départemental de Jérémie, en Haïti, promène un stéthoscope. Mylove Jean n’avait que 2 mois quand l’ouragan Matthew a dévasté les départements du sud de l’île dans la nuit du 3 au 4 octobre, faisant près de 600 morts.

La petite a survécu jusqu’ici, mais, depuis la tempête, tout va de mal en pis pour elle et les siens. Son père est mort du choléra trois semaines après le passage du cyclone tropical et, comme la moitié de la quinzaine de tout jeunes patients alités autour d’elle, elle souffre de malnutrition aiguë. Sa mère, Micheline Baptiste, l’a amenée il y a huit jours, à moto-taxi, depuis la commune de Marfranc. Une heure trente de pistes défoncées moyennant 225 gourdes (3,20 euros) – le double du tarif habituel – que des voisins lui ont avancées… Continuer la lecture

Syrie : « On est sur une mort annoncée de ceux qui restent » à Alep-Est

Françoise Sivignon, présidente de Médecins du monde, est revenue jeudi sur franceinfo sur la proposition russe de créer quatre couloirs humanitaires pour les habitants qui souhaitent fuir Alep-Est.

Les Nations-Unies ont indiqué jeudi 1er décembre que la Russie avait proposé de créer quatre couloirs humanitaires à Alep-Est, en Syrie. Après la fuite de 50 000 personnes des quartiers rebelles, la ville assiégée risque de se transformer en « un gigantesque cimetière » a averti mercredi l’ONU. Jeudi, le régime syrien a déployé des centaines de soldats d’élite pour conquérir les quartiers les plus peuplés d’Alep-Est.

« On est sur une mort annoncée de ceux qui restent« , a réagi jeudi sur franceinfo Françoise Sivignon, la présidente de Médecins du monde. « Et on est sur une mort à risques considérables de ceux qui tentent de fuir. » Selon elle, ce n’est pas la première fois que ces couloirs humanitaires sont proposés.

Nous demandons que ces couloirs soient accompagnés par des acteurs non partie prenantes au conflit, ce qui n’est pas le cas des Russes, sinon ils ne sont pas sécurisés. Mercredi, des civils ont tenté de fuir et ils ont été bombardés.